- BEEELRIIIL!!! DESCENDS IMMEDIATEMENT!!!
Le gobelet de cristal incrusté d'or que notre héros était en train de faire léviter tomba et se fracassa par terre. D'un geste distrait, Belril pointa son index vers les débris qui se reconstituèrent en un instant tandis qu'il descendait les marches de l'escalier.
La mère de Belril était toujours habillée de la même manière: une robe-fourreau blanche très moulante et couverte de dessins énigmatiques, des sandales à bouts recourbés et un diadème en or filé sur lequel un lotus bleu turquoise était accroché. Tombant sur son visage, il exhalait une odeur de rose sauvage et d'oliban qui embaumait la pièce. Elle avait une peau aux reflets cuivrés, une chevelure de jais ondoyante tombant en cascade jusqu'à ses coudes, des yeux aux iris vert-émeraude et un visage très expressif: quand elle était triste, on le voyait à son visage; quand elle était joyeuse, on le voyait à son visage; et là, ce qu'on voyait à son visage, c'est qu'elle était furax!
- CA FAIT DES SIECLES !!! DES SIECLES, TU M'ENTENDS, QU'ON GARDE CETTE TABLE D'ALCHIMIE DANS LA FAMILLE! ET TU LA CASSES JUSTE AU MOMENT OU J'EN AI BESOIN! TU NE FAIS DONC JAMAIS ATTENTION!!!
Elle tendit le bras d'un geste menaçant. Une seconde après, un éclair violet jaillit de sa main et frappa Belril de plein fouet. Celui-ci eût soudain l'impression qu'on le tiraillait et qu'on le mordait de toute part. Tout devint noir, il se sentit balloté comme un vulgaire fardeau. Puis tout s'arréta. Il était à l'endroit qu'il avait quitté pour ce très bref entretien avec sa mère adorée, à un détail près: la porte était fermée à double tour.
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